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Catégorie: Divertissements
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Créé: Octobre 26, 2014
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Pays: DARNETAL , France
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GILBERT128 HORS LIGNE
CONTE







Le Loup-Vert de Jumièges.   







   

C’est de l’époque où vivait Saint Philibert, que date une légende à laquelle on rattache l’origine de certaine fête qui se célèbre à Jumièges, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, avec un cérémonial fort bizarre, et à laquelle on a donné le surnom pittoresque de fête du Loup-Vert.
Saint Philibert, avant le temps de son exil, avait fondé un monastère de filles à Pavilly, auquel il avait donné, pour abbesse, Sainte Austreberthe, prieure de l’abbaye de Port-en-Somme. Sainte Austreberthe et ses religieuses étaient de vigilantes épouses du Seigneur, pleines de zèle pour le service divin, et qui, voulant contribuer, pour leur part, à la prospérité du monastère de Jumièges, s’étaient chargées de blanchir le linge de la sacristie.

Pavilly n’est éloigné de Jumièges que de quatre lieues ; un âne, dressé à ce charitable office, parcourait cette distance, allait et venait, transportant le linge, d’un monastère à l’autre, sans qu’il fût besoin que personne ne lui servît de guide, et plus fidèle qu’aucun commissionnaire de meilleur entendement.

Un jour à jamais néfaste, il arriva que le pauvre âne fit la rencontre d’un loup ; d’ailleurs, aussi sauvage que la forêt de Jumièges, théâtre du crime barbare dont il allait se rendre coupable. En effet, sans égard pour la modestie de l’âne, pour son obligeance, sans respect pour son droit inoffensif, et pour la charge bénite qui aurait dû servir à l’infortuné messager de sauvegarde inviolable, le loup vorace se jeta sur ce serviable animal, et le dévora.

La bête cruelle comptait fort bien s’en aller ensuite, au plus profond des bois, digérer en paix son forfait ; il n’en fut pas ainsi : Sainte Austreberthe s’était établie la garde officieuse de ses plus humbles subordonnés, seulement son système de police consistait à laisser le crime s’exécuter sans entraves, pour se ménager l’occasion d’en tirer ensuite un avantage exemplaire. Donc, après que l’âne eut été rongé jusqu’au dernier os, sainte Austreberthe apparut tout à coup sur le lieu du forfait ; elle réprimanda messire loup de la manière la plus navrante, et conclut en le condamnant à remplir à l’avenir, les fonctions dont sa victime s’acquittait naguère avec le zèle toujours égal de l’habitude.






   

Le loup, confus, ne se le fit pas dire à deux reprises, et nous devons même ajouter, à la louange du pénitent, qu’il emprunta les douces vertus de l’âne, et sut accomplir sa tâche, jusqu’à la fin de ses jours, avec une exactitude, une soumission irréprochable. A tout prendre, l’intervention de Sainte Austreberthe, et le miracle qui en fut la suite, ne sont point à dénigrer. En religion, comme en morale, une conversion équivaut à une résurrection. Extrait de "Normandie romanesque et merveilleuse", Amélie Bosquet (1845).





    

 

 






Le plus curieux des anciens usages est la procession du "loup vert" qui se fait encore à Jumièges avec un cérémonial fort bizarre. 

Le 23 juin, veille de la Saint Jean Baptiste, la confrérie instituée sous la vocation de ce bienheureux va prendre au hameau de Conihout le nouveau maître de cette pieuse association, qui ne peut être élu ailleurs. Celui-ci, autrement dit le "loup vert", revêtu d'une vaste houppelande et d'un bonnet de forme conique, très élevé, sans bords et de couleur verte ainsi que la robe, se met en marche à la tête des frères. Ils vont, en chantant l'hymne de la Saint-Jean, au bruit des pétards et de la mousquetade, la croix et la bannière en tête, attendre, au lieu-dit le Chouquet, le curé qui, prévenu par le bruit, vient, entouré de son clergé champêtre, se réunir à eux ; de là, il les conduit à son église paroissiale où les Vêpres sont aussitôt chantées.
Un repas, tout en maigre, préparé chez le loup, et des danses exécutées devant sa porte occupent le reste du jour jusqu'à l'heure où doit s'allumer le feu de la Saint-Jean.
Après un "Te Deum" chanté autour d'un bûcher qu'ont allumé en cérémonie et au son des clochettes un jeune garçon et une jeune fille parés de fleurs, un individu entonne en patois normand un cantique qui rappelle la prière "ut queut laxis".




Pendant ce temps, le loup en costume, ainsi que les frères, le chaperon sur l'épaule, se tenant tous par la main, courent autour du feu en front après celui qu'ils ont désigné pour être le loup l'année suivante. On conçoit que ces singuliers chasseurs ainsi disposés, il n'y a que celui de la tête et celui de la queue de la file qui aient une main libre, il faut néanmoins saisir et envelopper trois fois le futur loup qui, dans sa course, frappe indistinctement toute la file d’une grande baguette. 

Lorsque les frères s’en sont enfin emparé, ils le portent en triomphe et font semblant de le jeter dans le bûcher.Cette étrange cérémonie terminée, on se rend chez le Loup Vert en titre, on y soupe encore maigre. La moindre parole immodeste est signalée par le son des clochettes disposées auprès d’un censeur.
Ce bruit est l’arrêt qui condamne le contrevenant à réciter, debout, à haute voix le Pater Noster. A l’apparition du dessert ou à minuit sonnant, la liberté la plus entière succède à la contrainte, les chants bachiques remplacent les hymnes religieux et les maigres accords du ménétrier du village peuvent à peine s’entendre à travers les voix détonantes des joyeux convives.
Le lendemain, 24 juin, la Saint Jean Baptiste est célébrée par les mêmes personnages, avec de nouvelles cérémonies. On promène un énorme pain béni à plusieurs étages, surmonté d’une pyramide de verdure ornée de rubans. Après quoi, les clochettes sont confiées, comme signes de sa future dignité, à celui qui sera le prochain Loup Vert.


C.A. DESHAYES - Histoire de l’abbayeroyale de Jumièges (1829)  












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