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Les deux coeurs


 
Proposé par : jackharris
Ajouté le: 02/02/2008
Catégorie : Tristes
Consultations : 108
Commentaires : 0




ANNONAY (Ardèche), le 3 Mars 1988,



L’histoire est achevée, j’ai reposé ma plume


Les larmes dans les yeux, dans le cœur l’amertume,


Le corps entier vibrant devant le souvenir


Des amants merveilleux qui ont voulu s’unir


Sous l’égide sacrée de l’univers céleste,


Quand moi je ne voyais que leur destin funeste.


Ils se sont sublimés pour sauver tour à tour


Leur honneur et leur foi, ainsi que leur amour,


Préserver le serment qu’ils firent à l’Eglise,


Prenant Dieu pour témoin, Jacques comme Maryse.


Peut-on les accuser d’un acte de démence,


D’un manque de raison ou bien d’incohérence ?


J’oppose mon refus à de telles questions,


Moi qui vous ai aimés, je connais vos raisons ;


J’ai longtemps partagé vos peines, vos souffrances


Et vos rares instants de folles espérances ;


J’ai vécu votre mal en me tenant dans l’ombre,


Votre lutte acharnée contre un destin si sombre


Que moi, vous remplaçant, je n’aurais pu tenir,


J’aurais abandonné plutôt que de souffrir.


La flamme de l’hymen, malgré votre fardeau,


Vous l’avez élevée pareille à un drapeau


Qui flotte dans l’azur pour montrer sa vaillance


Et placer à ses pieds tout acte d’arrogance.


J’ai mis plus de trente ans avant que ma mémoire


Ne se décide, un jour, à conter votre histoire,


Entre mes souvenirs et le cahier sanglant


De Jacques, que j’avais, j’ai hésité pourtant


A dévoiler au monde un secret si terrible,


Craignant que Dieu, jaloux, ne me prenne pour cible.


Devant votre courage et votre obstination


A faire marche arrière il n’était plus question,


Trop d’années ont passé et je me sens bien vieux,


Si je dois vous revoir, qu’ai-je à craindre des cieux ?


Le temps, qui m’a fané, a laissé la blessure


Aussi vive qu’aux jours de votre meurtrissure,


J’ai porté le fardeau que vous avez quitté


Tout en portant celui qui m’était affecté.


Avant de vous rejoindre et de fermer les yeux,


Avant que de quitter ce monde belliqueux,


J’ai cru de mon devoir de porter votre emblème


Pour que quelqu’un, un jour, puisse faire de même,


Afin que votre histoire subsiste avec le temps,


Tienne bon les hivers et fleurisse aux printemps,


Pour que tous les amants qui se font des caresses


Respectent à tout jamais l’honneur d’une promesse,


D’un serment devant Dieu, de l’amour, du mariage,


Qu’ils sachent pleinement le sens du verbiage


Car, les paroles en l’air, de même que les mots,


Sont indignes de ceux qui ne sont pas des sots.


Avant de refermer le livre sur l’histoire


Sachez que vous serez au fond de ma mémoire


Toi, Jacques, doux amant, Maryse, fleur secrète,


Enchaînés à jamais dans le ©cœur d’un poète


Qui a pleuré souvent sur votre déchirure,


Votre amour sublimé par votre démesure


Et, qu’au jour d’aujourd’hui, il envie votre sort,


Qu’il persévérera jusqu’à ce que la mort


L’entraîne dans son lit, le place dans sa couche,


Que sa lèvre glacée se pose sur sa bouche.


C’est fini à présent, je vais pouvoir m’éteindre,


J’ai rempli le devoir où je devais m’astreindre ;


J’ai transmis le flambeau, la flamme étincelante


A la génération qui, déjà grandissante,


Le prendra à son tour pour le donner, plus tard,


A celle qui suivra, sans le moindre retard.


Adieu!... Jacques, Maryse, ma vie qui va finir,


Nous fera retrouver dans un proche avenir.




Extrait du roman "Les deux coeurs" © Jack Harris



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