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-III- La montagne aux émeraudes...JA


 
Proposé par : Flourac
Ajouté le: 01/11/2013
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 63
Commentaires : 8




-III- La montagne aux émeraudes. 

(Suite)



-VIII- Les jeunes contre les vieux.



Samedi 15 mai 1999. Après s'être gratté la gorge, le chef s'explique : 

"Binh ! (c'est le nom qu'on me donne ici : "la foudre") nous t'avons demandé de revenir, car la situation est grave pour notre peuple. 

Grâce à toi, et à ton ami Pierre, nous avons bénéficié de la sécurité que présente déjà en partie notre isolement et le peu d'attrait qu'offre nos montagnes. 

Selon nos traditions, nous avons tout d'abord évité de laisser soupçonner le trésor que constitue la mine aux émeraudes. 

Mais, pour notre défense, il a fallu acheter des munitions au Siam, puis renouveler notre armement. 

Non seulement les racines, que nous avons continué à échanger avec ce pays, mais encore les émeraudes que l'on a mises sur le marché ont éveillé les curiosités. 

Autrefois, il était possible d'en trouver à fleur de roche. Pour assurer notre sécurité, pour payer des études à quelques jeunes, il a fallu de plus en plus de pierres pour nos échanges. 

Nos hommes ont alors appris à faire exploser la roche avec des cristaux d'explosifs jaunes, pilés en fine poudre détonnante. Il faut alors concasser et évacuer des tonnes de roches pour découvrir quelques bonnes pierres. Seul, le gouvernement cambodgien peut se prévaloir de droits internationaux sur nous ; par chance pour notre peuple, les événements qui s'y sont déroulés depuis ton départ l'ont empêché de s'intéresser à nous. 

À présent, les choses ont évolué. D'après les jeunes que nous avons envoyés s'instruire en Occident, la mondialisation frappe à notre porte. Notre montagne aux émeraudes est connue, une compagnie japonaise veut l'exploiter, avec l'appui du gouvernement de Phnom-Penh.

 Le gouverneur de la province m'a dit que ce sera avec nous, ou contre nous. 

Les lancettes de guerre et les fusils-mitrailleurs ne font plus peur. Déjà, des hélicoptères se sont posés sur notre site et leurs experts ont jugé que le gisement pourrait se comparer à la production d'un pays qui s'appelle l'Afghanistan. 

Ton fils sera sans doute mon successeur, et tu nous as dit que tu serais toujours en dette envers nous. 

Alors nous t'avons demandé de venir nous conseiller. Dans quelques jours, l'hélicoptère de la compagnie se posera ici, nous devons donner notre réponse. Les jeunes sont pour l'accord et toi qu'en penses-tu ? "



-IX- Le round.



Mercredi 16 juin 1999. L'hélicoptère a déversé sur la place une demi-douzaine d'experts, presque autant de généraux de Phnom-Penh, et le gouverneur de la province, dont on dit que c'est un ancien Khmer rouge reconverti. 

Tout ce monde a été bien étonné de me trouver à côté du chef, lequel m'a présenté, avec quelque raison, comme son proche parent. 

Le processus de discussion avait été mis au point peu auparavant. On était parti du principe qu'à notre époque on ne pouvait tourner le dos à la modernité, donnant ainsi raison aux jeunes. 

Deux d’entre eux, anciens élèves chez les américains, du moins assez pour être à même de le faire, étaient mandatés pour la discussion et pour la préparation des contrats. 

Cela admis, il fallait, qu'un bon accord, préserve la culture du peuple Moï, autant que faire se peut, ceci pour l'ancienne génération. 

Les Japonais ont tout de suite senti le vent tourner, d'autant plus qu'ayant fait ajourner la rencontre, des grossistes internationaux avaient pu être contactés. Même l’INTER COM polonaise était sur les rangs. 

Le contrat serait enregistré à Amsterdam ; le gouvernement, la compagnie et les Moïs, auront chacun le droit de rachat des pierres pour un tiers de la production. 

Seuls les membres de la tribu pourront exploiter les mines, mais la vente directe ne pourra se faire qu'à une des trois parties de la société ainsi créée. 

L’INTER COM apportait sa garantie au contrat, en échange d'une préférence d'achat, à prix égal, de la partie Moï. 

Les plus penauds étaient les autorités cambodgiennes qui ne réalisaient pas, qu'ils s'en tiraient sans doute mieux, qu'avec un seul partenaire. Quand l'accord a été conclu, avant et après une séance de jarre de choum, l'hélicoptère a ramené les officiels et les délégués des parties à Phnom Penh. Le contrat ne devenait officiel qu'après son dépôt à Amsterdam.



-X- Rien ne sera plus comme avant.



Lundi 14 juin 1999. Cette fois-ci, c'est un hélicoptère de l’INTER COM polonaise qui est venu me chercher. 

À mon âge, on ne réédite pas la marche que j'ai faite pour arriver au village. 

Je repars après avoir conseillé la répartition interne aux équipes, selon un procédé analogue à celui des parts, prévu pour les acheteurs. 

Ce système permettra d'assurer une activité à tous les habitants et, peut-être, ouvrir des possibilités d'investissements aux mineurs chanceux. 

Tout un bouleversement dans une société qui continuait à pratiquer une économie de subsistance. 

Pour la technique d'extraction, on peut faire confiance aux Japonais. Le problème viendra de la capacité des Moïs à s'adapter. 

Une clause du contrat, à laquelle ils n'ont pu se soustraire, consisterait à remplacer la main d’œuvre locale, si elle se révélait défaillante. 

Toutefois, on a pu poser des garde-fous. 

Évidemment, cela va bouleverser le système collectiviste de la tribu. Comme tous les peuples de la planète, évolués ou pas, ils vont devoir s'adapter en ce tournant du millénaire, s'adapter ou disparaître.

Devant tout le village, retenu à distance de l'appareil, Xa Kuong s'apprêtait à me saluer à l'ancienne. 

Je l'ai vivement relevé. "Fils, tu appartiens à un peuple qui s'est toujours maintenu debout, fais en sorte qu'il en soit ainsi longtemps.

- "Père, comment ?

- " C'est à toi et à tous les tiens de trouver. Nous avons chacun dans notre propre culture les moyens de survivre, l'abandonner c'est perdre la partie ; c'est laisser à d'autres le droit de nous commander. Tous les peuples sont maintenant en prise avec une certaine mondialisation. Il n'y a pas d'autre recette que se transformer pour rester soi-même.

Le village n'était plus qu'un point au-dessous de nous, quand j'ai retrouvé d'où m'était venue cette formule. C'est dans "Le guépard" de Visconti. 

Le gaur ne vaut-il pas le guépard ?



 J.A.

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À l'intention de mes concitoyens, cette nouvelle a été précédemment publiée dans mon pays natal par la revue Magasine du Ht-Quercy, 2000/3, n°51. p. 86 à 95. "FLOURAC J.A, La montagne aux émeraudes".

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Les récits qui forment cette rubrique sont de pure fiction. Tout rapprochement avec des personnages existants ou ayant existé est à exclure. Par contre, les paysages les monuments les coutumes et les techniques des peuples Moïs (ou Mnong) ont servi de modèles, encore que replacés dans des cadres différents. 

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L'orchestre de bienvenue







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2. Préparatifs de fête







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3. La relève







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Dans la lucarne : Le futur chef et sa famille













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