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A l'Arc en ciel...JA


 
Proposé par : Flourac
Ajouté le: 10/09/2013
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 78
Commentaires : 7




Saigon - A l'Arc en ciel.

- Nouvelle en forme de poésie en prose -

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Les dancings à taxi-girls pullulent à Cholon-Saigon,  

Mais aucun n'a la réputation de l'Arc-en-Ciel. 

N'y entre pas qui veut.

Un Chinois, dans un costume noir à la coupe impeccable, qui ne cachait pas de respectables biceps, vint les accueillir. 

Après un coup d’œil à la liasse de billets que son collègues avait eu la précaution de sortir et de rentrer négligemment de sa poche, le cerbère les conduisit à une table et leur souhaita bonne soirée dans un français impeccable. 

On leur servit d'office une bouteille de champagne, qu'avec beaucoup de tact, on leur fit payer d'avance. 

La salle était archi-comble : planteurs en goguette, officiers entre deux opérations, marins américains à l'escale ... 

Et, bien sûr, des Chinois, des plus maigres aux plus gras. 

Il y avait aussi les taxi-girls, 

Assises sur de hauts tabourets, 

Alignées devant l'immense bar. 

Elles paraissaient à la fois attirantes et distantes, 

Sachant que toute la meute des mâles était là pour elles. 

Quand elles étaient appelées par la Taï-Pan, disons la "capitaine", elles glissaient de leur perchoir avec des grâces félines, pleines de dédain affecté, 

Comme des reines irréprochables. 

Elles n'hésitaient pas à danser entre elles, hiératiques et ondulantes, 

Effleurant d'un regard vide les hommes aux yeux fixes. 

Le choix paraissait difficile, 

Tant elles se ressemblaient, avec leur jupe fendue jusqu'à la taille, leur peau mate au teint safrané, leurs yeux allongés en amande 

Et leur nez délicatement épaté. 

On pouvait les distinguer par une broche, portée bien en évidence, où se lisait un chiffre. Car, il n'était pas question de les inviter directement ; 

Il fallait s'adresser à la Taï-Pan, chargée de leurs intérêts et de faire respecter les règles strictes qui assuraient le meilleur standing. 

 La capitaine empocha ses piastres et précisa que chaque ticket représentait une danse, ou une conversation de cinq minutes qui ne pouvait excéder plus de cinq minutes. 

Lors de celle-ci, la fille pouvait limiter sa participation à un oui ou un non. Mais elle était libre d'accepter de répondre plus longuement aux propos de son invitant. 

Pour que ses paroles soient bien interprétées, elle ajouta, après un coup d’œil appuyé à ses galons de laine, « qu'ici ce n'était pas une maison ». 

Au tarif de la danse, on l'aurait deviné. 

Deux charmantes créatures arrivèrent, ondulantes et souveraines, 

Puis s'inclinaient gracieusement vers eux.  

Sur un slow, sans perdre une minute, son compagnon enlaça sa partenaire tandis que, la chère poupée qui lui était destinée posait délicatement son front sur son épaule, dans un faux, mais gracieux abandon. 

Ils ne furent plus qu'un couple parmi d'autres qu'on perdit bientôt de vue. 

Assez intimidé, il ne savait que dire ou que faire. 

Il n'était qu'un piètre danseur et n'avait jamais osé danser au pays. 

Les seules fois où il s'était hasardé sur une piste, cela s'était passé dans des bals de campagne, et les filles qu'il avait invitées s'étaient refusées après un nouvel essai. 

De plus, l'ambiance, la beauté de la fille, le laissaient sans voix. 

Aurait-il imaginé, lors de ses premières armes dans son pays natal, se trouver un jour en pareil lieu et en telle compagnie ? 

Que dire qui ne soit pas banal ? 

Une petite voix flûtée comme un cristal sortit de la poupée de porcelaine. 

« Je sens que vous n'aimez pas beaucoup la danse, Monsieur».  

- « Vous parlez bien le français, Mademoiselle».  

- « On m'appelle Maï, dit-elle en s'asseyant - 

- « Ce qui veut dire ? ». 

Elle eut un petit rire musical : 

« Abricot tendre.! Quant à mon français, de même que l'anglais, j'ai appris ces langues chez des religieuses de votre pays ». 

Il ne sut que répondre. Il avait bonne mine avec son seul certificat d'études ! 

Pour se sortir d'embarras, il eut cette question de mauvais goût : 

« Qu'est-ce qui vous a amenée à exercer votre, votre... » 

Sans se froisser, Maï répliqua sur un ton amusé : 

« Mon amour de la danse » ; et après quelques secondes : « et la nécessité de gagner de l'argent ».

De plus en plus stupide, il s'entendit dire « Comme votre nez est petit. 

Euh ! je veux dire gracieux.! ». 

Elle eut un nouveau rire qu'elle cacha poliment de la main et répliqua. 

« Savez-vous ce que les Vietnamiennes chantent aux jeunes gens, lors de la fête des eaux ? ». Elle modula aussitôt : 

« Vos femmes sont belles, ô Français ! Leur teint est blanc et c'est beau, mais leur nez est long et le nôtre court. Aya ! 

Les Vietnamiennes sont amoureuses toute la journée ; On dit que les Françaises ne le sont que le soir. Aya ! ». 

De plus en plus stupéfait, il ne put que murmurer : 

« Et que répondent les hommes ? » 

À cet instant, la Taï-pan revenait pour faire signe à sa protégée que le temps était écoulé. Et le copain qui ne revenait pas ! 

Il sortit le dernier argent qu'il avait encore et acheta un quart d'heure supplémentaire de conversation. 

La capitaine l'empocha sans un mot et repartit avec un air de dignité offensée. Visiblement, elle semblait penser que Maï était appareillée au-dessous de sa condition.

- "Alors demanda-t-il. Elle sourit et modula : 

- « Toutes que vous soyez Françaises ou Vietnamiennes, vous êtes rusées ô femmes quand vous nous sentez amoureux... 

Vous nous prendrez tout notre argent, mais nous vous prendrons comme épouses et vous ferez cuire le riz de vos maris...

Vous êtes rusées, mais vous deviendrez grosses et vous allaiterez nos enfants...

Vous êtes rusées, mais nous serons les maîtres de la maison et vous serez nos servantes. 

Vous êtes rusées, mais vous nous aimerez. Aya ! » 

Puis, comme son client gardait un silence encore plus stupide, elle éclata d'un petit rire frais qu'elle ne pensa même pas à cacher cette fois, ainsi que le voulait le code très strict des bonnes manières. 

Alors, soudain, il bafouilla : 

« Je ne sais pas si vous êtes rusée Maï, mais c'est la première fois que je ... ». 

Il ne sut pas terminer. 

– « Aya ! » répondit-elle en souriant avec un petit coup d'éventail à son soupirant. –« Je n'ai malheureusement pas l'argent nécessaire pour rester plus longtemps et pourtant je voudrais que cette minute dure une éternité, comme disent nos poètes. 

- Les nôtres le prétendent aussi ». 

Puis, se penchant : « La taï-pan me fait signe de revenir. 

Elle a vu que vous n'aviez plus de piastres et elle ne se déplacera plus pour vous. 

Elle esquissa un léger frôlement d'éventail sur son bras et ajouta. 

« Ne te dispute pas avec les femmes, ne les écoute pas toujours. Ne te fie point au ciel, ne te fie point aux étoiles... » 

Puis elle se leva. « C'est un proverbe vietnamien ? » interrogea-t-il.

- « Oui ! Adieu ! »  

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J.A. 

[email protected]

 ©copyrigth Jean-André. 

"Voyages", mon recueil non publié



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L' "Arc-en-Ciel" était un cabaret situé à l'angle du 52-56, avenue Jaccaréo et de la rue des Marins.

Toute la décoration est baroque même avec les taxi-girls.

Le grand art de la « taxi-girl » c'est la vertu , c'est d'être « inaccessible ». Le ticket pour une taxi-girl coûtait 100 Piastres (1949) et donnait droit à un quart d'heure de danse et de conversation.

Une histoire de taxi-girl à " l'Arc-en-Ciel " est magnifiquement racontée par Lucien Bodart ainsi que par Graham Greene.

L' "Arc-en-Ciel" c'était aussi un restaurant réputé... A déjà paru avec le titre "Les filles de la Tai Pan"

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