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ANNE-MARIE...JA


 
Proposé par : Flourac
Ajouté le: 09/21/2015
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 20
Commentaires : 9




 

ANNE-MARIE

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Hommage à ma mère  

J'ai été plutôt étonné, lorsqu'elle m'a dit, d'un ton confidentiel : "Charles ! J’attends un bébé". D'abord, elle ne m'appelle jamais Charles, et rien dans nos conversations précédentes ne pouvait me préparer à cette sortie. 

À tout hasard, j'ai répondu : "De qui" ? Elle m'a seulement répondu : "Tu sais bien !" 

Puis elle est retombée dans un long silence. Inhabituels ces silences, auparavant ! Généralement, il faut qu'on l'écoute. Qu'on l'entoure. Qu'on l'embrasse. Depuis quelque temps, il y avait une sorte de détachement intérieur, comme si elle voulait être seule.

J'ai préféré passer à autre chose, en la laissant à son silence, pourtant révélateur. 

Par la suite, j'ai appris par "radio-voisins" qu'elle avait lancé des pierres sur des enfants qui allaient à l'école. 

À cette époque, j'étais fort occupé par un événement familial. 

J'aurais dû m'inquiéter. J'ai renoncé à alerter mes sœurs qui avaient des soucis supposant une présence permanente. 

Une autre information m'est parvenue. Elle aurait accusé un voisin de lui avoir dérobé sa boite à ouvrage. C'était tellement ridicule, que j'ai cru à de la malveillance. 

Anne-Marie a toujours eu du caractère. Trop ! Depuis quelque temps son entourage habituel s'en éloignait. Elle trouvait des compensations dans une pratique effrénée de la religion. Ne l'avait-on pas surprise, devant la porte de l'église, à attendre l'heure de la messe à six heures du matin ? Elle s'était même imposée pour un voyage en Terre Sainte.

Le curé de la paroisse, sans doute peu soucieux de problèmes éventuels, eu égard à l’âge d’Anne-Marie, comptait sur moi pour l'en dissuader. Comme c'était un copain d'enfance, je n'y suis pas allé par quatre chemins : « Bon courage !" ».

Il est arrivé un moment, où l'évidence est apparue à toute la famille, à l'occasion du mariage de notre fille. N'ayant pas eu le temps d'aller la chercher, j'avais demandé à des cousins de la prendre avec eux. 

Premier incident, nous l'avons cherché un moment pour la photo devant l'église ; elle avait profité des circonstances pour faire le chemin de croix à l'intérieur. 

Le cliché la révèle, comme effacée à côté des visages réjouis des invités qui pensaient déjà à la suite, supposée gastronomique.

L'apéritif d'honneur avait lieu sous une grande tente, devant la maison. 

Par malchance, un orage subi vint gâcher la fête. Tous les invités durent courir vers la maison. Nos fils et notre nouveau gendre m'aidèrent à répartir nos invités dans les pièces de l'habitation et au garage, tandis que les femmes s'activaient à la cuisine pour les boissons chaudes. 

Anne-Marie n'était nulle part. Je dus envisager l'inimaginable ; elle était restée sous la tente. Je vous laisse à penser l'émotion des retrouvailles dans l'état où nous l'avons retrouvée.

Au repas du soir, elle était pourtant assez en forme, puisqu'elle a trouvé moyen de chercher querelle à sa belle-sœur, ma tante. 

Par prudence, dès que j'ai constaté sa fatigue, je l'ai conduite dans la chambre qui lui était réservée. Vers deux ou trois heures du matin, mon épouse l'a retrouvée, cherchant son chemin vers les toilettes, plus exactement s'apprêtant à franchir la porte de la cave. 

Cette fois, nous avons compris que c'était grave. Et le mot Alzheimer a été prononcé. C'était la bombe à retardement. Bien sûr, nous n'avons eu la confirmation que plus tard.

Se sont suivis alors quelques mois de bataille pour qu'elle ne se rende compte de rien. Trucs et astuces, système débrouille ont été les maitres mots de cette période où tout était mis en œuvre pour vivre avec elle sa nouvelle vie. 

Grignotant son cerveau, la terrible maladie l'a plongée dans un monde parallèle où ses proches ne parvenaient plus à la rejoindre.

Mais, la maladie contaminait aussi la famille entière, car tous étaient touchés d’une manière ou d’une autre. Je ne dormais plus, je cherchais mes mots, j'avais des obsessions... 

Pour elle, il y avait aussi de bons moments, quand je lui parlais de papa, quitte à l'entendre me demander s'il allait bientôt venir. Ce quotidien était trop difficile pour son entourage, il a fallu lui trouver une maison spécialisée. 

Pas simple le placement, l’accompagnement…  

Et la souffrance, la culpabilité, le déchirement !

Quand j'allais la voir, elle ne me parlait plus, ne riait plus. La dernière fois, elle ne m'a pas reconnu. Depuis longtemps, elle ne savait plus qu'elle était ma mère. Dur !

À présent, le calme est revenu pour elle. Pas pour nous.

J.A.  

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Écrit et Présenté par J.A. Illustration Google

Engagement à retirer l'image en cas de demande des ayants droit.

 

 

 
 


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