ENVOYER À UN AMI | CLAVARDAGE | SIGNET | GUIDE D'AIDE
MA PLANÈTE

Bienvenue, identifiez-vous ou inscrivez-vous !

Ma Planète c'est une place pour publier par passion, pour le plaisir, et pour le partage!! Après si c'est vu et commenté c'est tant mieux.

Partagez cette page avec :

Cliquez ici pour recevoir, tous les jours, dans votre courriel, une Belle chose de la vie


MENU:          

La feuille morte.


 
Proposé par : marginal07
Ajouté le: 04/14/2008
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 301
Commentaires : 0




La feuille morte.

Brusquement, je fus détachée de l’arbre aujourd’hui.

Ma vieille carapace feuillue se laissait emporter par le vent

et mes tristes souvenirs s’évanouissaient sous la rafale des jours.

Mais je revivais en moi-même ce passé qui m’a conduit jusqu’à ma nouvelle floraison. Je ne pouvais oublier mes chères soeurs feuillues qui durant

une longue vie ont partagé avec moi cette joie d’exister.

Et ces nombreux souvenirs m’exaspéraient au désir de les retrouver.

J’avais tant de compagnes autour de moi, durant des jours on s’est

regardées, nous voltigions dans nos pensées agitées ça et là par un vent

léger qui nous caressait de sa chaude haleine estivale.

Nous étions des milliers, telle une grande province en notre branche;

et là-bas sur l’autre branche vivaient nos voisines qui sans cesse nous

racontaient des romances jusqu’à la tombée du soir

`Nous avions toutes la même racine de vie, mais l’arbre était su grand..

Et nous étions ses enfants sa progéniture feuillue.

Mais j’étais attachée, j’aurais tant voulue communiquer avec chacune des

feuilles de mon arbre.

Je me sentais prisonnière, c’était difficile pour moi, car mes désirs s’étendaient

jusqu’aux extrémités du tronc.

Chaque soir de nouveaux sillons vibraient dans tout mon être, je ressentais

des frémissements qui venaient de très loin dans l’arbre.

et de ces échos perpétuels, je pouvais deviner une âme solitaire..

Une feuille à part des autres, une feuille toute seule sur sa branche.

Et de plus en plus ma vie s’attristait, je languissais au désir de la retrouver.

Tant de journées écoulées depuis ce printemps de ma naissance, lorsque d’un bourgeon je naquis avant toutes les autres.

Une petite feuille était apparue au sommet de l’arbre, le printemps arrivait

et j’étais la première à l’acclamer.

D’une joie fébrile, je saluais l’arrivée de cette nouvelle saison, et je ressentais

dans le moindre de mes fibres une émotion très vive.

Et ce sentiment si chaleureux vibrait jusqu’au plus bas des racines.

Je me sentais amoureuse, j’aurais voulue acclamer toute la création, voltiger

de joie dans ma branche, danser dans l’harmonie du vent avec mes compagnes.

Mais l’arbre prenait des proportions gigantesques, engendrant de nouvelles branches.

Des milliers de nouvelles feuilles venaient rejoindre notre souche, et malgré ce surpeuplement, je suis demeurée de longs jours accablée par ma solitude.

Les mois passaient, mais toujours je languissais dans ma jeunesse, solitaire

en ma tige qui me rattachait à la branche.

Tant de feuilles effleuraient mes illusions, et parmi ces chaleureuses présences

s’accrochait mon rêve le plus tendre.

C’était la présence d’une petite feuille que j’ai reconnue comme étant la soeur de mon âme.

Son coeur vibre au centre de l’arbre, dans un ébat amoureux sa sève enfle

ma tige de rêveries, et je me propulse de joie au limbe de sa présence.

Passionnément, mes émotions se ravivent lorsqu’elle s’attendrie envers moi,

devinant elle aussi ma présence.

C’est une frêle petite feuille, différente de toutes les autres..

Et de plus en plus je la sens qui envahit tout mon être.

Toute folâtre , toute rabougrie en elle même à l’idée de redevenir un jour bourgeon.

Elle essayait toujours de connaître ses origines..

Elle ressentait aussi mes ébats amoureux.

Car elle rêvait souvent en même temps que moi que l’on se cajolait ensemble..

Ah! Quel désir profond nous éprouvions l’un pour l’autre..

Et sa couleur reverdissait l’étendue, tout mon univers fleurissait de sa présence.

Sana cesse, je savourais ces journées enchanteresses, refluant tous les soirs

ces doux souvenirs de la journée.

Et cette feuille chaque nuit venait frôler mes rêves.

Je rêvais de danser avec elle au tourbillon du vent, je me sentais libre comme

l’air, agile, enfin libre..

Et cette réalité d’envol s’animait autour de moi...

C’est ainsi qu’un matin de septembre, ma voisine m’a quittée.

Elle avait vécue à côté de moi et elle était morte.

Le vent l’a détachée brusquement, je l’entendais gémir..

D’un dernier souffle à la vie, elle m’a salué de son souvenir, en m’effleurant

tout doucement..

Elle est retombée morte sur le gazon.

Silencieuses, nous la regardions perchées sur notre branche en nos feuilles solitaires

qui du temps trop long en perdaient de leur éclat de jeunesse.

Et nous commencions à grelotter de froid..

Le matin le soleil était si pâle, on frissonnait..

Un mince frimas blanc faisait geler le sol..

Et au-travers ce froid, nous respirions déjà la froidure de l’hiver.

Cette saison dont on avait entendues parler, celle qui avait ensevelie trop se nos soeurs.

D’heure en heure, ce blizzard funèbre s’approchait à grands vents, l’automne

assombrissait nos jours rendant notre feuille plus pâle.

devenues de plus en plus frileuses, nous nous blottissions l’une contre l’autre

en quête d’un peu de chaleur, et au midi on se réchauffait de ce cauchemar de

la nuit qui nous avait enveloppées de son givre mortel.

L’été avait perdu de ses allures de fête, l’obscurité prolongée colorait notre vie.

Et nous avions peur...

Qu’y a-t-il au bout de cet hiver?

Nous savions qu’il viendrait et que ses froides giboulées emporteraient chacune de nous.

Accrochées à nos souvenirs, nous nous réchauffions en pensant à ces chaudes journées d’autrefois.

Et ces rêveries du passé coloraient d’avantage nos illusions.

Nous gardions le souvenir de ces somptueux bouquets, lorsque ensemble

on a fleuries au printemps.

L’air s’embaumait du parfum se notre arbre..

Nous ressentions au plus profond de nous sa grande joie paternelle.

Tant de soleils, tant de nouvelles lunes transformaient notre vie, ce qui nous rendaient plus matures envers le grand chêne.

Le soleil revient toujours au matin, et mes illusions me retenaient encore plus

longtemps à l’arbre.

Je refusais ma vie solitaire, sans cesse mon coeur espérait en cette douce petite feuille.

Brimée par ma solitude, je la sentais encore plus présente.

Je savais qu’elle était là dans une branche quelque part dans l’arbre..

Aurai-je un jour espoir de la rencontrer?

De la chérir, de m’épanouir en elle?

Ou était-ce seulement une illusion?

Elle n’existait peut-être pas cette feuille..

Peut-être était-ce seulement le fruit de mon imagination?

Mais en moi l’amour ressenti pour cette feuille était trop grand.

Je me refusais de partir avant de la rencontrer.

Je m’accrochais à la vie.

De plus en plus , le froid devenait intense, l’obscurité allongeait nos ombres

très tard le matin.

Et le crépuscule pesait lourd sur nos branches alourdies par nos rêves.

Nous sentions notre tige si fragile, nous perdions des forces, et le vent s’agitait toujours plus fort face à notre faiblesse.

Par centaines, par milliers, mes compagnes rejoignaient ce bal funèbre

qui dans la tradition les emportait dans un au-delà inconnu.

Mais je ne pouvais me résigner à subir ce mystérieux périple qui bousculait mes soeurs dans ce vide de la vie.

Toutes ridées de vieillesse, certaines ont tenues jusqu’en novembre; puis sont

parties dans les flots de leurs rêves au coeur d’une bourrasque mêlée de neige

et de pluie.

Mais moi je m’accrochais toujours à la branche.

Et dans les mois qui suivirent je retrouvais sans cesse la turbulence des vieux jours.

Février moindre que tous les autres raccourcissait la nuit.

Mars dans ses fantasmes laissait aller ses rêves de liberté, ce qui radoucissait

l’atmosphère d’une chaude brise printanière.

Et déjà après ces longs mois de froidure je ressentais dans les branches ramollies

de l’arbre ce premier regain de vie.

Aujourd’hui en ce début d’avril, je me sentais rescapée de l’hiver..

J’étais enduit de glace, et la pollution de la ville avait laissé sur mon limbe sec

une mince épaisseur de suie noire.

Toute brunie, toute sèche, d’aucune splendeur..

Je me balançais ce matin, dorlotée par cette tiède brise d’avril..

Ma faible moiteur s’estompait dans mes souvenirs, mais je regardais le printemps en face.

Mais ce midi, au coeur de cette douce journée un grand vent a surgi de la solitude de mon hiver.

Il souffla sur moi, je résistais..

Et je suis partie..

Mais je suis revenue en même temps, car lorsque ma feuille hivernale avait cédée

de la branche, j’ai sentie au coeur de l’arbre ce premier bourgeon du printemps.

C’était ma nouvelle feuille qui venait acclamer le prochain retour de l’été.

De cette exaltation du grand chêne, je ressentais dans la branche entière une très grande chaleur.

Et presque au même instant, un autre bourgeon a éclos à la vie juste à côté de moi.

De ce déploiement de l’arbre, je sentais vibrer dans mon être la tendresse de cette chère petite feuille qui jadis me faisait rêver.

Nos bourgeons à peine éclos étaient en admiration face à cette nouvelle saison..

Tandis que le grand chêne joyeux de nous avoir réunis engendra dans ses branches

des milliers d’autres bourgeons.

Et au rythme de leur éclosion une nouvelle chlorophylle m’envahissait..

Ma joie grandissait toujours;et mes tristes souvenirs d’autrefois s’envolaient avec cette feuille morte qui hier encore environnait ma vie.

Durant un long été, ma nouvelle enveloppe feuillue reverdirait, réchauffée par la

tendresse de cette chère petite de mes rêves qui blottie contre moi me racontait ses plus tendres secrets.

marginal07

 

 

 

 

 

 



Cliquez sur l'image pour la voir pleine dimension


 
 







*** Ma Planète ***