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Celle qui en faisait trop. (Nouvelle)..JA


 
Proposé par : Flourac
Ajouté le: 10/27/2016
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 26
Commentaires : 5




Celle qui en faisait trop. (Nouvelle)

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Mamilette avait eu six enfants.

Elle les avait élevés, sans rémunération ni sans droit à la retraite.

Lorsque le père fut mort, un peu d’un travail épuisant, un peu d’abus d’alcool pour tenir le coup, son dernier, « un petit retardataire », n’avait que 12 ans.

Les aînés étaient déjà partis un à un vers la grande ville,

pour "un travail à heures fixes", une femme qui « travaille » et un H.L.M, où tout est prévu pour un enfant unique, sans parents à charge.

Pour vivre et « pousser » le dernier,

elle avait fait des ménages « au noir » chez des particuliers,

aidé à la cuisine du cochon chez des particuliers, ramassé les noix et les châtaignes à « moitié », quand ce n’était pas au tiers... Et à tout ce qui se présentait.

Quand elle se couchait, ou se levait à des heures impossibles, elle se sentait fière de contribuer à faire de « son Maurice » un homme qui n’aurait pas à « trimer » comme son père.

Elle se rendait bien compte que ses ambitions étaient un peu surévaluées, mais elle fut un peu déçue quand il décida de se contenter d’un C.A.P. de cuisinier de collectivité. Oh rien de déshonorant, certes ! Mais...

Elle se remit un peu de sa déception, lorsque le principal du C.E.S. de la ville voulut bien l’embaucher ; il est vrai sur la recommandation de sa propre épouse qui la connaissait pour l’avoir employée « en extra ».

Elle le fut moins quand il décida de vivre avec une « copine » qui lui fit comprendre que c’était elle, et elle seule, qui entrait dans le lit de Maurice.  Ce qui était imparable.

Quand vint le seul et unique enfant du couple, elle s’apprêtait à offrir ses services, puisque ses parents « travaillaient », mais ce ne fut pas de son côté que l’on se tourna.

Maurice lui apportait le Bébé une heure par semaine et avait pour consigne de ne pas le quitter des yeux.

Car « on ne peut se fier à une femme trop âgée ».

Pourtant, « la femme trop âgée » continuait à travailler « au noir », malgré son âge, pour pouvoir vivre elle-même, et aussi dans l’espoir qu’on lui permettrait un jour d’accueillir l’enfant « quand il serait d’âge ».

En attendant, elle déposait devant l’appartement de son fils une pomme, une sacoche de noix ou de châtaignes, sans qu’elle sût jamais si le cadeau avait été bien perçu.

Les années passèrent, le « petit » grandissait avec l’égoïsme de son âge.

Il s’appelait Kevin, un nom que Mamilette (en réalité Adèle) se demandait où « ils étaient allés le chercher ».

Il aimait bien sa « deuxième « Mamy ».

On ne disait plus « Mémé », maintenant,

mais elle sentait bien qu’elle restait dans une zone inférieure.

Avec la résignation qu’elle avait toujours montrée, elle acceptait cette situation, bien contente lorsque son « petit chéri » venait lui demander un peu d’argent, d’abord pour des « Carambars » puis plus tard pour des achats plus importants.

Elle avait toujours quelque chose pour lui et ne savait rien lui refuser.

Un jour, elle lui demanda ce qu’il voulait pour l’anniversaire de ses 14 ans ; il lui répondit qu’il désirait une moto.

Mamilette fut fort effrayée par cette demande, car lorsqu’elle apercevait ces engins elle rangeait précipitamment sur le trottoir.

Pourtant, prenant son courage à deux mains, elle alla en demander le prix au marchand de cycles qui prospérait sur la Grand-Place.

Elle fut tellement effrayée par l’énormité de la somme (elle n’avait jamais tant possédé à la fois) qu’elle fit une retraite précipitée.

En calculant tout, elle ajouta à ses maigres économies, tout ce qui était vendable chez elle, ce qui était peu.

Elle qui n’avait jamais rien demandé à personne, elle eut pourtant la témérité de proposer sa vieille pendule à l’épouse de M. le Principal, un vieux vase qu’elle tenait de sa grand-mère au médecin qui lui avait dit un jour qu’il avait « quelque valeur ».

Même son alliance et celle de son mari y passèrent.

Elle réussit à réunir une certaine somme qui n’était peut-être pas suffisante, mais qui, espérait-elle, pourvoirait à une option sur l’achat.

Elle revint chez le commerçant, qui lui demanda quelle marque elle désirait. Là, nouvelle angoisse ! Elle ne savait pas.

Voyant la somme qu’elle lui montrait, l’homme eut un peu pitié d’elle et lui proposa de lui en vendre une d’occasion.

Cependant, il lui conseilla d’en parler à Kevin, avant d’en faire l’achat. Mais elle était pressée, l’anniversaire de son petit-fils tombait le lendemain et, à sa demande, le commerçant lui promit de faire conduire l’engin chez elle, à la nuit tombé, pour que la chose ne s’ébruitât pas.

Mamilette s’était levé à l’aube, comme elle le faisait depuis toujours.

Il fallait absolument qu’elle pousse la moto jusqu’à la maison de son fils, afin que Kevin en ait la surprise à son lever.

Par précaution, elle avait choisi une heure très matinale pour passer inaperçue.

La veille, le commis lui avait montré les divers accessoires qu’il fallait bouger pour la pousser commodément, mais Mamilette n’aurait jamais cru que ce fût si lourd à pousser et à conduire.

Elle réussit à faire une dizaine de mètres de plus en plus péniblement ; c’est alors que l’engin lui échappa des mains et tomba sur le côté en l’entraînant.

Avec beaucoup de mal, elle réussit à se remettre debout, mais il lui fut impossible de relever la moto. Un peu plus tard, le boucher qui partait pour une foire la trouva en pleurs près de la machine.

Tout d’abord, il s’empressa auprès d’elle. On l’aimait bien Adèle ! Il lui proposa de conduire l'engin jusqu’à la porte de destination,

car il la voyait vraiment épuisée, mais elle refusa son aide, au-delà de la rue qui précédait le domicile de Maurice.

Assez inquiet, il lui remit alors la moto, mais ne la quitta pas des yeux en la voyant zigzaguer, prêt à intervenir si besoin était.

Cela ne tarda pas.

Quand il se précipita pour lui venir en aide, Mamilette avait succombé à un arrêt du cœur.

J.A.

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Écrit et Présenté par J.A. Illustration internet). 

Engagement à retirer l'image en cas de demande des ayants droit.

 

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