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Proposé par : MIchel_RICHARD
Ajouté le: 11/11/2017
Catégorie : Textes en proses
Consultations : 5
Commentaires : 4




 

Voici le texte de ma prise de parole, ce matin, devant le Monument aux Morts, en tant que Président des Anciens Combattants. Je me permets de vous le proposer en écho au poème de notre ami Flourac intitulé

"Oh si les morts pouvaient soulager les vivants !"

 

En préambule, laissez-moi vous lire une lettre adressée par un poilu à son épouse.... Je le fais, car je crois que commémorer, c'est d'abord se mettre en condition:
"Ma chère Ginette,

je t'écris pour te dire que j'ai connu la mort de près cette nuit, mais maintenant tout va pour le mieux J'ai vu toute ma vie défiler devant mes yeux. A cause d'un tir d'obus dans ma tranchée, l'alcôve où je dormais s'est effondrée, deux de mes camarades sont morts dans l'écroulement. Moi, j'ai reçu une poutre sur la jambe, ma jambe s'est infectée et les docteurs ont été obligés de la couper. Maintenant, je ne risque plus rien, car ils m'ont transféré en dehors de la zone de combats. Je peux te dire que je suis heureux d'être parti de cet enfer avec les rats, des poux, les morpions, la boue, les macchabées, les tirs d'artillerie de toutes sortes. Même si, comme je te l'ai dit dans mes lettres précédentes, c'est horrible ici, l'odeur de ses camarades morts depuis trois jours. Mais malgré tout ce malheur et toute cette haine, je pense sans arrêt à toi, toi Ginette. Tu illumines mon cœur comme le soleil se levant sur le champ de bataille encore fumant à cause des obus de la veille."

Oui commémorer, ce n'est pas passer un quart d'heure devant un Monument aux Morts, c'est avant tout, s'accorder le temps nécessaire pour partager avec ceux qui ont vécu l'évènement, même s'ils ne sont plus de ce monde. C'est la seule façon, d'avoir quelques chances, d'éviter le recommencement des conflits passés. Souvenons-nous donc : les tranchées, la boue, les poux, les crânes ouverts, les membres cassés, fracassés, ces ventres explosés, vomissant leurs tripes offertes aux corbeaux et aux rats, seuls à bénéficier de l' apocalypse, la plainte des blessés qu'il est impossible d'atteindre et qui mourront sûrement, la gorge sèche,  sans obtenir le réconfort d'une présence, L'odeur de putréfaction des cadavres, brassée par le vol tourbillonnant de milliers de mouches, qui s'insinue jusque dans les casemates et qui couvre celle du rata que l'on déguste, sans même y prêter attention, parce que c'est l'odeur naturelle des champs de bataille. Puis ce nœud au ventre au moment de passer à l'assaut, ce retour sur sois où les êtres chers s'invitent et crient "n'y va pas", "pense à nous", "nous t'attendons" ces chères voix que l'on fait taire au moment de l'ordre "en avant !" La course au milieu des barbelés, l' hécatombe sur les champs de mines, l'impact des obus qui labourent le sol et offrent un refuge éphémère à ceux qui ont eu la chance de ne pas perdre la vie. Le saut dans la tranchée adverse, le coup de baïonnette qui transperce le corps de celui qui a été désigné sous le vocable "Ennemi" , ses yeux exorbités qui regardent le ciel et cette bouche ouverte qui semble dire "pourquoi" et cet autre qui lève les deux mains et subit le même sort. Toutes ces images qui par la suite hanteront les nuits de pauvres gars qui ont tué parce que c'était eux ou les autres, et sans aucune autre motivation "Gueules cassées" ou traumatisés à vie ceux qui survécurent n'avaient qu'une idée en tête "Plus jamais ça" et l'on connaît la suite. Tout cela c'est 14/18, c'est du vécu, pas du Nintendo !
J'ai commencé par un texte, voici maintenant, un poème de Louis Aragon intitulé
 

" La guerre et ce qui s'ensuivit"

 

 "   Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles

    Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu

    Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus

    Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

 

    Qu'un obus a coupé par le travers en deux

    Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre

    Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire

    Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

 

    Roule au loin roule train des dernières lueurs

    Les soldats assoupis que ta danse secoue

    Laissent pencher leur front et fléchissent le cou

    Cela sent le tabac l'haleine et la sueur

 

    Comment vous regarder sans voir vos destinées

    Fiancés de la terre et promis des douleurs

    La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs

    Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

 

    Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour

    Arrêt brusque et quelqu'un crie Au jus là-dedans

    Vous baillez Vous avez une bouche et des dents

    Et le caporal chante "Au pont de Minaucourt"

 

    Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit

    Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places

    Déjà le souvenir de vos amours s'efface

    Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri"
 

Si après ces quelques mots, qui alimenteront, je l'espère, notre réflexion durant cette journée consacrée au souvenir, chacun d'entre nous arrivait à la conclusion inscrite sur la stèle du 19 mars "La Paix est un devoir, la Guerre est un crime" cette commémoration du 11 novembre 1918 aurait atteint son but.
 
Vive la Paix
 
                                                                                                         Michel RICHARD / Michel ALBEREMER


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