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dans le regard d'un enfant


 
Proposé par : loulou555
Ajouté le: 09/29/2008
Catégorie : Amour
Consultations : 57
Commentaires : 0




Cela faisait près d’une heure qu’elle était assise là, sur le bord de ce pont,

au-dessus du fleuve qui parcourait la ville en fête.

Au loin, on pouvait voir des milliers de lumières comme autant de maisons décorées

à l’occasion des traditionnelles fêtes de fin d’année,

et les quelques voitures des retardataires qui se pressaient  

pour rejoindre leurs amis après la dernière journée de travail de l’année.

Hannah, elle, ne devait pas être là.

A cette heure-ci, elle aurait dû être au travail,

seule employée à avoir accepté de venir au bureau un soir de fêtes,

pour accomplir une tâche qui ne l’enchantait guère.

En plus d’être seule pour la soirée,

elle devait travailler dur et, après une journée harassante,

elle savait qu’elle ne pourrait supporter une seconde de plus

au milieu de ses collègues heureux et enjoués.

Ils avaient une famille, eux.

Elle regardait tout ce petit monde s’agiter mais ne voyait rien,

fatiguée et accablée par la tristesse qu'évoquait ce jour pour elle : le Nouvel An.

Ou plutôt la fin d’une année qui ne lui avait apporté que malheur et le début

d’une autre qui s’annonçait bien pire.

Elle se contentait de rester là,

le froid glaçant les larmes qui s’échappaient librement de ses yeux rougis

et attendant que les minutes passent,

comme si sa mélancolie allait s’envoler avec le prochain souffle de vent.

Les minutes passaient et chacune d’elles prononçaient le même verdict,

tant et si bien qu’elle s’y résolut, montant fébrilement sur le rebord du pont.

Le vent se faisait plus fort et

elle pouvait désormais entendre le tumulte de l’eau sous elle.

Doucement, elle ferma les yeux, fit un pas en avant et s’élança,

sentant l’air glisser sur elle comme de la soie déchirée.

Elle tombait, lentement, comme au ralenti.

Mais après quelques secondes qui lui parurent une éternité,

elle réalisa qu’elle ne s’approchait pas du sol.

Elle ouvrit doucement les yeux et crut rêver : elle volait !

Sous elle défilaient les maisons, les rues et le fleuve s’écoulant tranquillement.

Elle montait de plus en plus,

se rapprochant peu à peu des nuages

et lorsqu’elle arriva à proximité de l’un d’eux,

elle dut se frotter les yeux tant ce qu’elle voyait lui semblait incroyable.

Bien que voler ne soit pas un acte anodin,

voir une main sortir des nuages dans sa direction la surprenait quelque peu.

Comme dans un rêve, cette petite main semblait faite de brume et de rosée et

c’est avec une étrange sensation de sécurité qu’elle la saisit,

emportée dans un tourbillon de vent à travers les nuages.

Elle ferma les yeux sous la caresse de la brise puis,

après quelques instants de repos au milieu des nuages,

elle souleva à nouveau les paupières,

surprise de sentir la pierre glissante du pont sous ses pas.

Elle serrait toujours une petite main chaude dans la sienne

et découvrit ainsi une adorable fillette qui se tenait à ses côtés

et qui la fixait gravement de ses intenses yeux noisette.

Hannah ne savait pourquoi mais elle ne parvenait pas à détacher

son regard de celui de l’enfant, y décelant quelque chose de fascinant.

La petite fille la tira alors à elle et, après quelques secondes d’hésitation,

Hannah consentit à la suivre, se laissant guider silencieusement

à travers le fin rideau de pluie dont les gouttes

commençaient à marteler le sol dans un rythme enivrant.

Elles marchèrent ainsi ensemble jusqu’à une petite maison

qui lui était étrangement familière et où elle fut invitée à entrer avec entrain.

Une fois à l’intérieur, la fillette s’échappa en courant

par une porte baignée d’une douce lumière dorée,

comme pour montrer quelque chose à son hôte.

La jeune femme la suivit et la trouva au milieu d’un salon blanc nacré,

jouant gaiement avec deux adolescents.

Hannah les regardait,

émue à la vue des yeux pétillants de bonheur de la fillette

et son cœur battant la chamade tel le tambour d’une fanfare.

Elle aurait regardé inlassablement cet attendrissant tableau

si tout n’avait pas disparu en un éclair,

plongeant la pièce dans une obscurité profonde.

Seule une faible lumière éclairait ses pas,

une lumière argent qui s’échappait de l’embrasure

d’une autre porte vers laquelle Hannah se dirigea avec empressement,

persuadée d’y retrouver la fillette.

Elle poussa le montant de bois et cligna des yeux,

éblouie par un soleil d’été éclatant qui lui chatouillait le visage.

Elle sentait glisser  le sable chaud sous ses pieds et, devant elle,

l’océan s’étendait à perte de vue, comme elle ne l’avait vu depuis son enfance.

Elle voyait, ressentait tout, mais n’entendait rien,

comme si l’océan avait absorbé les sons tel un papier buvard.

Elle ne regardait qu’elle, cette petite fille,

bien plus jeune cette fois-ci mais la même,

le même regard brillant, les mêmes yeux emplis de bonheur.

Elle la voyait au ralenti,

s’accrochant au cou d’un somptueux chien noir et le caressant avec admiration.

Hannah pouvait presque sentir la douceur du pelage soyeux de l’animal

et entendre les échos du rire de l’enfant dans l’immensité de l’océan.

Une sensation étrange s’empara d’elle, comme si elle était l’enfant,

comme si elle partageait son corps avec la fillette.

Elle retrouva finalement ses esprits

lorsqu’un brouhaha emplit ses tympans : des cris d’enfants,

le vacarme des vagues s’écrasant sur le rivage

et le bruissement du sable sous les pas des vacanciers.

Abasourdie par ce tintamarre insupportable,

elle se précipita vers la porte par laquelle elle était venue et la referma derrière elle.

Elle ferma les yeux un instant, goûtant le silence et l’ombre du couloir.

Lorsqu’elle les rouvrit, elle était au beau milieu d’une chambre,

une chambre vert et argent qu’elle reconnaissait parfaitement cette fois-ci,

une chambre où elle avait vécu ses premiers moments de femme,

la chambre où elle était devenue femme.

Rien qu’en s’approchant de ce matelas qu’elle savait moelleux,

elle sentait encore les odeurs, les émotions,

les sentiments de la jeune fille qu’elle avait été.

Elle se revoyait, adolescente, ses cheveux longs tombant négligemment sur ses

épaules,

cachant ses petits yeux noisette brillants, pétillants et emplis d’amour.

La pièce se mit à tourner autour d’elle,

lui donnant l’impression d’être dans un manège

où elle voyait défiler sa vie dans des miroirs.

Elle reconnut la fillette sous la pluie,

celle sur la plage et celle dans cette chambre

mais elle reconnut aussi la même fillette,

les yeux emplis de larmes pleurant la mort de ses parents,

puis l’adolescente pleurant un chagrin d’amour et elle se vit enfin,

elle, à vingt-quatre ans, sur ce pont,

regardant la ville malgré les larmes qui l’aveuglaient.

Un fin brouillard commença alors à l’envelopper,

cachant les miroirs et leurs reflets,

brouillant la vue d’Hannah.

Malgré la brume, elle voyait une silhouette,

incertaine au début puis de plus en plus nette,

celle d’une petite fille se dirigeant vers elle,

comme attirée par un fil invisible.

Les deux êtres ne se quittaient pas des yeux,

se comprenant par un regard, leurs esprits fusionnant à travers leurs prunelles

brunes.

La petite fille se rapprochait de plus en plus à chaque seconde

mais Hannah ne bougeait pas, fascinée par ce regard qu’elle reconnaissait tant.

Au fur et à mesure que la fillette approchait,

la jeune femme pouvait voir son reflet dans ses yeux,

celle d’une petite fille, la même enfant qu’elle avait devant elle.

Mais alors que les deux êtres auraient dû se rencontrer,

un éclair aveuglant jaillit dans la brume

et Hannah plongea dans le regard de la fillette,

y rencontrant des souvenirs, y rencontrant ses souvenirs.

Elle se vit, sur ce pont, faire un pas en arrière,

sécher ses larmes et sourire… Sourire à la vie



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